Eglise romane de Tohogne

 - Expo

 («Saint Martin équestre» retrouvé)

 

Expo visages (retrouvailles de «Saint Martin équestre»).

La paroisse de Tohogne fut fondée au VIIe siècle par les moines de Stavelot. L’église Saint-Martin, construite au XIe siècle sur un ancien bâtiment romain (probablement un sanctuaire païen), devint l’église-mère de presque tout l’alleu de Durbuy. Bien d’autres églises de la région seront placées sous le patronage de saint Martin: Jenneret, Oppagne, Bonsin, Heyd, Soy, Marcourt, Borsu, Les Avins-en-Condroz, Warzée, Comblain-Fairon, Xhoris et Ferrières.

Saint Martin naquit en 336 à Sabaria (Hongrie). Son père était officier, tribun militaire. C’est donc tout naturellement que Martin fut incorporé dans l’armée romaine. Vers 345, en garnison à Amiens, il coupa en deux son manteau avec son glaive afin d’en couvrir un pauvre transi de froid. (En tant qu’officier de l’armée romaine, Martin n’était en fait propriétaire que de la moitié de son manteau, l’autre appartenant à l’armée.)

Converti très jeune au christianisme, le futur saint Martin deviendra évêque et grand évangélisateur. Les nombreuses églises qui lui sont dédiées dans nos régions (47 en province de Luxembourg) sont toutefois étrangères aux quelques passages qu’il effectua sur la chaussée Reims-Trèves. Cependant, lors d’un de ses voyages, il s’arrêta pour pleurer sur le sort de l’Ardenne toujours idolâtre.

« La Charité de saint Martin » trônant sur son socle à l’entrée du chœur (coin supérieur droit du détail d’une ancienne carte postale – années ’20).

« La Charité de saint Martin » trônant sur son socle à l’entrée du chœur (coin supérieur droit du détail d’une ancienne carte postale – années ’20).

Il faudra attendre le XVIe siècle pour que l’église de Tohogne se dote d’un groupe sculpté représentant le grand thaumaturge appelée «La Charité de saint Martin» - Bois peint, 90 cm - Ecole mosane, vers 1520-30 - Ce groupe sculpté montre le saint à cheval, en tant que légionnaire, portant armure et vêtement à la mode au début du XVIe siècle – le chapeau à longues plumes étant caractéristique à ce sujet –, découpant son manteau pour en offrir un pan à un mendiant estropié portant en bandoulière une besace. Le malheureux, dont le moignon de la jambe amputée est fixé à un pilon, s’appuie sur une béquille. Le groupe se rattache à la production du maître de Lesve. Son atelier aurait été situé soit en région mosane (à Dinant), soit dans le Condroz (à Ciney).

« La Charité de saint Martin » telle qu’elle nous apparaissait encore dans les années ’70.

« La Charité de saint Martin » telle qu’elle nous apparaissait encore dans les années ’70.

Le 28 octobre 1994, des individus forcèrent la porte d’entrée de l’église à l’aide d’un pied-de-biche. A l’intérieur, ils brisèrent la vitrine d’exposition située dans l’absidiole nord et arrachèrent le bois de soubassement (l’ancien banc de communion) de la vitrine installée dans l’absidiole sud. Ils dérobèrent ainsi un ostensoir-soleil liégeois, quatre chandeliers en bronze de style Louis XIV et trois statues moyenâgeuses, à savoir «Saint Martin équestre», «Sainte Anne trinitaire» et «Saint Nicolas de Myre». Très vite, M. l’Abbé Feuchaux, curé de la paroisse, entreprit de nombreuses démarches pour tenter de retrouver les œuvres dérobées.

Suite à ce vol majeur, les grandes vitres des absidioles furent bientôt remplacées par de solides structures grillagées dans la partie en plein cintre et par des vitres blindées en plusieurs éléments au centre.

En mars 1996, l’ostensoir-soleil fut miraculeusement retrouvé intact à Frasnes-lez-Anvaing (à peine enterré dans un sous-bois). Il ne tarda guère à réintégrer sa place.

La nouvelle apparence du groupé sculpté. Il n’a rien perdu au change !

La nouvelle apparence du groupe sculpté. Il n’a rien perdu au change !

Il fallut attendre le mois d’août 2001 pour que le service judiciaire de Marche-en-Famenne annonce la bonne nouvelle aux membres de la Fabrique d’Eglise: le groupe sculpté de saint Martin, emblème de notre église, avait été retrouvé à Munich chez un restaurateur d’art. Ce dernier avait été chargé par une société italienne d’enlever le surpeint et l’enduit qui recouvraient la statue pour faire réapparaître la polychromie d’origine. Cette société peu scrupuleuse, qui avait acheté la statue à un receleur tournaisien pour 3.500 euros, espérait la revendre chez Hampel, célèbre salle de vente aux enchères à Munich, pour 40.000 euros minimum. Heureusement, le parquet de Munich, bien informé, ordonna la saisie de l’œuvre d’art. Le groupe sculpté fut formellement identifié comme étant notre saint Martin équestre.

Restait alors à le rapatrier dans notre église. La procédure fut longue, très longue. Nous n’énumérerons pas ici les multiples embûches rencontrées.

M. Emile Simon et Mme Kathy Maassen viennent d’arriver à Tohogne avec leur précieux colis. Qu’ils soient encore remerciés !

M. Emile Simon et Mme Kathy Maassen viennent d’arriver à Tohogne avec leur précieux colis. Qu’ils soient encore remerciés !

En avril 2006, l’affaire se dénouait et l’heureuse nouvelle tombait: la Fabrique d’Eglise pouvait récupérer la statue. Encore fallait-il trouver quelqu’un qui se chargerait d’une telle entreprise. La chance était au rendez-vous. Lorsque les nombreux problèmes pratiques liés à la récupération de l’œuvre d’art furent réglés (assurances, conditionnement, prise en charge, hébergement, attestations et documents divers, ...), M. Emile Simon, de Bruxelles (mais ayant des attaches dans notre région) et une amie, Mme Kathy Maassen, de Neupré (maniant la langue de Goethe), partirent bénévolement pour Munich le jeudi 22 juin. Le lendemain, notre chère statue faisait sa «joyeuse rentrée» à Tohogne chez M. Henri Meunier, secrétaire de la Fabrique. Le samedi 24, M. Livermore la remettait en place.

Puisse-t-elle y rester des siècles encore!

 
« La Charité de saint Martin »
 
« La Charité de saint Martin »

Derniere mise à jour le 17/02/17 Derniers éléments ajoutés Recherche sur le site

 

EditRegion5 3/01/08