Eglise romane de Tohogne

 - Aux environs

 (Le site de Sainte-Geneviève...)

 

Le site de Sainte-Geneviève et la Fontaine Saint-Martin .

 

 
Le site de Sainte-Geneviève

Le site de Sainte-Geneviève en 1996. A droite on distingue le ruisseau bien curé et l’aqueduc.

Le site de Sainte-Geneviève en 1996. A droite on distingue le ruisseau bien curé et l’aqueduc.

Lorsque que l’on suit la vallée étroite située entre Tohogne et Durbuy et que l’on prend la direction de Palenge, on découvre, à 200 m, le site dédié à sainte Geneviève (qui, lors d’une épidémie en 448, aurait changé une source en eau miraculeuse).

Les trois aulnes du lieu, la croix et la niche abritant la statuette.

Les trois aulnes du lieu, la croix et la niche abritant la statuette.

Cet endroit ombragé –excédent de voirie triangulaire de ± deux ares – est traversé par un cours d’eau prenant sa source 500 m en amont. A trois mètres du gros aqueduc traversant la chaussée contiguë, une source rejoint le ru. L’eau de celle-ci, d’une grande douceur, soulagerait certaines affections des yeux et de la peau. Au Moyen Age déjà, les lépreux de la maladrerie de la Haisse – située entre Tohogne et Longueville – venaient s’y purifier. Jusqu’il y a une trentaine d’années encore, nombreuses étaient les personnes qui venaient, de très loin parfois, puiser l’eau à cet endroit « miraculeux », remplir fioles et bouteilles et jeter quelque menue monnaie dans le lit du ruisseau, dans l’espoir de se débarrasser dè må d’sinte Djèn’vîre (dartre jaune), de la « roue sainte Catherine » (herpès circiné), d’une mauvaise plaie ou d’une conjonctivite tenace, en « baignant » les endroits malades.

Le site tel qu’il se présente en 2007.

Le site tel qu’il se présente en 2007.

Le site, envahi au cours du temps par la végétation et les broussailles, a été assaini en 1996 grâce aux bons soins de quelques Tohognois et des services communaux de la Ville de Durbuy. La vieille croix vétuste fixée à l’un des trois aulnes plantés en bouquet a été remplacée ainsi qu’une niche ayant autrefois abrité une minuscule représentation de sainte Geneviève. Une nouvelle statuette en plâtre de la patronne de Paris y a été placée. Un tube encastré dans le lit du ruisseau canalise l’eau de manière à pouvoir la puiser au moyen d’une tasse ; le débit, à certaines périodes de l’année, y étant en effet très faible. Peut-être quelques « pèlerins », fréquentant ce site oublié, le feront-ils renaître et, qui sait !, l’eau de Sainte-Geneviève adoucira-t-elle leurs maux !

 

La Fontaine Saint-Martin

 

Le site de Sainte-Geneviève en 1996. A droite on distingue le ruisseau bien curé et l’aqueduc.

La "Fontaine Saint-Martin" telle qu'elle se présentait en 1975.

Si nous quittons le « Fond Sainte-Geneviève », ci-avant évoqué, et reprenons la grand-route Tohogne/Durbuy, nous découvrons, 400 m plus bas, une maison isolée (à gauche). Presqu’au même niveau que la bâtisse, à droite, au pied du talus de la grand-route et en bordure du bois jouxtant, jaillit une source qui a été captée il y a environ cinquante ans par un ancien propriétaire de la maison voisine : c’est la Fontaine Saint-Martin. (1) Actuellement, elle n’est donc plus visible. Seule une dalle de béton est à peine apparente. Un groupe hydrophone pompe cette eau, riche en calcaire, dans la maison ; le trop-plein s’échappe par un tuyau souterrain qui rejoint, en aval, le ruisseau du Fond de Vedeur tout proche. Cette eau claire et limpide doit certainement sortir du tréfonds de la colline toute proche (lieux-dits Ås Pièrys, Graboueusart, Cèlîre, So lès Monts). Ce qui lui donne la propriété d’être fraîche l’été et douce l’hiver. (2)

Les trois aulnes du lieu, la croix et la niche abritant la statuette.

A gauche, le ruisseau du Fond de Vedeur et à droite l'excavation d'où sortait encore une eau limpide il y a quelques années.

Il y a quelques années encore (4 ou 5 ans), une autre source existait dans le même périmètre : elle aussi située en face de la maison précitée, à ± 25 m de la grand-route, tout contre le ruisseau du Fond de Vedeur où elle se jetait. De cette petite excavation faisant à peine un mètre de large, une eau vive et sonore apparaissait ; si l’on tendait l’oreille, on percevait un bruit de ruissellement souterrain. Cette eau semblait posséder les mêmes propriétés que celle de la Fontaine Saint-Martin. Son débit était appréciable et constant. A présent, pour une raison inconnue, la « source » s’est tarie.

Le fait que l’existence de cette source ne soit mentionnée nulle part est assez surprenant. Cependant, émettre l’idée qu’on ait pu la confondre avec la Fontaine Saint-Martin n’est pas fondée.

Au cadastre de la Commune de Durbuy (section de Tohogne), l’endroit porte le nom de Fontaine Saint-Martin. D’où vient ce nom ? Peut-être les premiers missionnaires d’autrefois lui donnèrent-ils ce titre pour détrôner un culte païen attaché à la source sacrée.

Citons M. Joseph Bernard qui s’exprime déjà à ce sujet en 1961 dans la revue « Ardenne et Famenne » :

Plusieurs auteurs proposent de voir dans les puits, sources et cavités rocheuses portant le nom d’un saint ou d’un évangélisateur, des endroits où se conférait le baptême, des endroits de réunion, ou tout simplement des lieux-dits sur la route qu’aurait suivie de son vivant le saint ou le prédicateur.

Il est peu vraisemblable que la source ait servi au Ve siècle au « Missionnaire des Gaules » dont elle perpétue le nom, mais rien n’exclut qu’elle ait parfois servi à l’administration du baptême et nous nous expliquons.

Le site de Sainte-Geneviève en 1996. A droite on distingue le ruisseau bien curé et l’aqueduc.

Le site de la Fontaine Saint-Martin en bordure de la route Tohogne/Durbuy.

On sait que la très ancienne paroisse de Tohogne, placée sous le patronage de saint Martin, est de fondation stavelotaine. (…) Durbuy, qui possédait une chapelle dès le XIVe siècle, ne fut détachée de Tohogne et érigée en une paroisse distincte, avec Palenge pour annexe, qu’en 1611. Avant cette date, les Durbuysiens devaient se rendre à l’église-mère pour y recevoir les sacrements. (…) A Durbuy, il n’y avait « d’ancienneté » qu’une chapelle nommée la chapelle Saint-Nicolas, dépendant de la cure et de l’église paroissiale de Tohogne. Celle-ci était distante de Durbuy d’ « une petite lieue » et le chemin qui y conduisait était fort mauvais et fort difficile « notamment au temps d’hiver et lorsque la rivière est débordée aux environs du dit Durbuy ». C’est la raison pour laquelle les habitants de Durbuy avaient été « contraints d’obtenir à leurs frais la permission » d’établir des fonts baptismaux et d’acquérir – toujours à leurs dépens – un emplacement pour ensépulturer les trépassés qu’auparavant il fallait mener avec grande peine et difficulté à Tohogne ou à Palenge. (…)

La Fontaine Saint-Martin est proche du ruisseau qui sépare les anciennes communes de Septon, Tohogne et Durbuy. L’endroit a pu être un lieu de rendez-vous pour les levées du corps. Comme en d’autres endroits, on pouvait se rencontrer à mi-chemin entre les deux bans.  (…)

En tout cas, une chose est certaine : saint Martin est le patron du lieu. Il est très populaire dans la région, car de nombreuses églises, outre celle de Tohogne, lui sont dédiées : Jenneret, Oppagne, Bonsin, Heyd, Soy, Marcourt, Borsu, Les Avins-en-Condroz, Warzée, Comblain-Fairon, Xhoris, Ferrières.

(Ndlr : 46 localités de notre province ont Martin comme saint patron).

 

Il y avait autrefois à Durbuy deux foires annuelles : l’une au lendemain des Rois et l’autre le jour de la Saint-Martin. Peut-être cette dernière s’est-elle tenue près de la Fontaine Saint-Martin dans la clairière. Cette foire a subsisté – et de quelle manière ! – et se célèbre à Bomal s/O. après l’avoir été à Barvaux et Durbuy, précisément. Il semble que, primitivement, cette foire commençât à Tohogne, probablement à cette placette centrale appelée encore au XVIIe siècle « au mitant de la ville ». (3)

(1) Certains historiens locaux l’ont, par le passé, confondue avec le site de Sainte-Geneviève.

(2) Une mine de pyrite de fer était exploitée (encore en 1865) par la Société de Sclessin sous les endroits précités. Des puits ont existé aux lieux-dits : Daminet, Ås Pièrys, Dizeû Råvinète.

(3) Selon le Dr Lomry, la plupart de ces foires anciennes se tenaient ou se tiennent encore dans les forêts, loin des villages mais toujours dans un endroit où est située une église-mère ou une vieille chapelle.

 

 

Sources : Joseph Bernard, « De la fontaine Saint-Martin à la Paroisse de Durbuy », 1961, revue « Ardenne et Famenne ». – Abbé Germain Ninane, « L’ancienne Terre de Durbuy et sa structuration paroissiale », 1968, extrait des Annales de l’Institut Archéologique du Luxembourg, Arlon. – François Bellin, « Du site Sainte-Geneviève à la Fontaine Saint-Martin », bulletin Terre de Durbuy n° 67, septembre 1998.
















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EditRegion5 22/11/07